Les Catalans dans la Grande Guerre

À l’occasion de la commémoration de l’Armistice, Les Amis du Vieux Canet proposaient une conférence de Renaud Martinez sur “Les Catalans dans la Grande Guerre”. Historien et écrivain, auteur d’ouvrages de référence* sur le sujet, l’invité du jour a su captiver un large auditoire par la clarté de ses propos résumant documents et témoignages accumulés au fil de patientes recherches. Tout un pan de l’histoire vécue par les Poilus du département dans l’enfer des tranchées a été ainsi mis en lumière.
Cette évocation traitait surtout de l’engagement dans le conflit de deux régiments basés à Perpignan : le 53e d’infanterie, monté au front dès la déclaration des hostilités dans la Lorraine annexée, et le 253e RI constitué de réservistes. Malgré les pertes subies, la bravoure de nos soldats ne se démentit pas durant ces longues années de souffrance. Ils défendirent vaillamment leur drapeau porté par le sous-lieutenant Ruffiandis, instituteur à Canet. Un autre habitant de la commune devait s’illustrer sur le champ de bataille, le lieutenant Fournier (par ailleurs champion de France de rugby au côté d’Aimé Giral), disparu lors d’un un dernier assaut avant la guerre de mouvement qui allait mener son régiment à Dixmude et à Ypres, puis dans les Vosges et à Verdun.
L’exposé sans concession ne se limitait pas à l’énumération des combats et des moments de gloire partagés par les régiments perpignanais. Aucun des épisodes les plus controversés ne fut esquivé, des erreurs – ou incompétences – d’état-major à l’origine de plusieurs carnages jusqu’aux aux mutineries survenues après l’échec sanglant de l’offensive Nivelle sur le Chemin des Dames au printemps 1917. Avec la rigueur qui sied dans le choix des mots, le conférencier préfère parler à ce propos d’« actes graves d’indiscipline ».
Pour lui, incontestablement le 53e RI et à son exemple le 253e RI ont contribué à la victoire finale des troupes françaises. De nombreuses citations recueillies à titre collectif et individuels l’attestent, tout autant que le lourd tribut évalué dans leurs rangs à 3800 morts et 10000 blessés ou mutilés.
Les questions posées par un public à la fois intéressé et ému montrent que leur sacrifice n’est pas oublié. En ce sens, comme devait le souligner Renaud Martinez en conclusion, cette conférence participait du devoir de mémoire.

* En avant, quand même ! et Comme des fleurs d’héroïsme de Renaud Martinez (éditions de l’Agence)

Une première conférence sur François Arago

Arago

Pour la reprise de son cycle de conférences, l’association Les Amis du Vieux Canet recevait le professeur Guy Jacques venu parler de “François Arago, le savant, l’océanographe“. Dans la salle du théâtre Jean Piat, les auditeurs parmi lesquels plusieurs nouveaux adhérents ont été accueillis par le président Roudières. Responsable des conférences, Raymond Viladecas a ensuite défini la ligne du programme de la saison 2009-2010 axée sur l’évocation de figures marquantes de l’histoire du département et du pays.

C’est donc à l’un des savants les plus illustres qu’était consacrée, en cette année de l’astronomie,  l’exposé de Guy Jacques, biologiste pendant trente ans au laboratoire Arago de Banyuls-sur-Mer, directeur de recherches émérite au CNRS. Il voit d’abord en François Arago un grand vulgarisateur scientifique, auteur d’une œuvre posthume forte de dix-huit volumes, « homme du XIXe siècle mais nostalgique du siècle des lumières ». Reçu dans les premiers à l’école Polytechnique, le natif d’Estagel est envoyé dans l’Espagne en guerre pour poursuivre le relevé du méridien de Paris. Fait prisonnier, il s’évade plusieurs fois et rentrera à Paris en héros, ce qui lui vaudra d’être élu à vingt-trois ans membre de l’Académie des sciences. Il deviendra bientôt le savant le plus connu du public averti de l’Europe grâce à ses travaux portant notamment sur la vitesse de la lumière, les cratères de la lune, la température de la terre et des eaux souterraines. Ses cours d’astronomie populaire étaient suivis par des personnalités telles que Victor Hugo et George Sand. Par la suite, sa notoriété devait être quelque peu éclipsée par celle de son disciple Camille Flammarion.

Océanographe, François Arago se passionna pour l’étude des courants marins, en particulier du Gulf Stream, et c’est dans ce domaine-là surtout qu’il fut en avance sur son temps. Sa description de la dérive nord-atlantique a fait autorité, ouvrant la piste aux recherches contemporaines sur le réchauffement des côtes de l’Europe.

En conclusion de cet exposé de haute tenue mais accessible à tous, bien dans l’esprit de François Arago, le professeur Jacques déplora l’absence − en Roussillon comme ailleurs − d’un musée dédié à cet éminent scientifique doublé d’un grand homme politique. Cette seconde facette du personnage sera explorée par Michel Cadé lors d’une conférence prévue en janvier prochain. 

Un nouvel élan

Forte participation pour l’assemblée générale des Amis du Vieux Canet qui s’est tenue au foyer Moudat. Avant d’ouvrir les travaux le président René Roudières a tenu à saluer la présence de MM. Bernard Dupont, premier adjoint au maire représentant Mme Franco, et Francis Clique, deuxième adjoint chargé des finances.

Le rapport moral présenté sous forme de diaporama a passé en revue l’éventail des multiples activités de la saison passée : mise en valeur du château, visites du vieux village, sorties culturelles, voyage en Tunisie, ateliers, publications et conférences. Une gamme étendue qui chaque année attire de plus en plus de fidèles adhérents : l’association compte à ce jour plus de 400 membres inscrits, dont une trentaine à l’occasion du dernier forum. A signaler aussi le succès de libraire rencontré par les livres édités par  les AVC : Canet, des bains de mer à la thalassothérapie de Jean-Marie Rosestein et Mireille Chiroleu a fait l’objet d’un second tirage ; Canet, du village de pêcheurs à la plage radieuse de Pierre Bosc, Mireille Chiroleu et Simonne Chiroleu-Escudier se trouve désormais présent dans les rayons perpignanais.

Autant de motifs de satisfaction, renforcés par la bonne santé des comptes, exposés en détail par le rapport financier du trésorier Raymond Salvatge et approuvés à l’unanimité. Après le vote pour le renouvellement du conseil d’administration, le président reprenait la parole pour dévoiler le programme de la saison 2009-2010. On retiendra la reprise pour trois ans des travaux de restauration de la chapelle St-Martin du château vicomtal, ainsi que la mise à disposition d’audio-guides en plusieurs langues (français, anglais, allemand, espagnol et catalan) lors des visites accompagnées du vieux village. En décembre paraîtra sous l’égide des AVC le nouveau livre de Robert Saut, De souche et de Racines, un recueil souvenirs de son enfance canétoise illustrés de dessins à la plume d’Etienne Llauro. Notons à ce propos que l’auteur vient d’être nommé chevalier des arts et lettres, distinction parcimonieusement accordée et dont l’honneur rejaillit sur toute l’association… Le programme complet de la saison − conférences et sorties culturelles − est en ligne sur le site de l’association (www.les-amis-du-vieux-canet.fr) qui a franchi le camp des dix milles visiteurs. Quant au voyage annuel, il se déroulera en Egypte au printemps prochain.

Avant de lever la séance, le président Roudières a remercié la Ville du soutien indéfectible apporté à la doyenne des associations locales. Un soutien et une confiance réitérés par Bernard Dupont, qui a souligné le rôle joué par les AVC en tant que facteur de lien social. « Antidote à la technocratie, la proximité passe par la vie associative, concluait le premier adjoint, la commune est une réalité sociologique et vous en être la preuve.»

Après le verre de l’amitié, l’assemblée générale s’est prolongée par de fraternelles agapes au Malibu, point d’orgue d’une soirée en tous points réussie.