Une première pour les Amis du Vieux Canet, le théâtre Jean Piat offrait son cadre moderne et chaleureux à la conférence de Laurent Fonquernie sur le grenat catalan, suivie par un large auditoire. De l’Ancien Régime jusqu’à une période récente, l’histoire de Perpignan reste liée à l’artisanat du grenat. En centre ville, la rue de l’Argenterie et la place des Orfèvres rappellent cet aspect parfois méconnu de l’économie locale et qui pourtant a grandement forgé son identité. Extrait des carrières où il affleure sur les pentes du Canigou, le grenat de Perpignan est réputé à juste titre pour sa beauté et sa délicatesse. Une réalité attestée par un diaporama illustrant les soins minutieux apportés à sont traitement à partir de l’estampage. Taillée, sertie et polie à la main, la pierre précieuse deviendra un véritable objet d’art transmis de génération dans de nombreuses familles du département et de l’extérieur.
Après l’aspect technique, le conférencier évoqua les trois grandes lignées perpignanaises de bijoutiers et joailliers – les Velzy, les Laviose et les Colomer – ayant pignon sur rue. A la grande époque, de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 40, leurs ateliers pouvaient compter près d’une centaines d’employés, jeunes filles, femmes, apprentis et ouvriers de tous âges. Parmi eux, après la guerre de 14-18, plusieurs mutilés qui occupaient un poste assis, tenant compte de leur handicap et de leur savoir-faire. D’émouvantes photos de groupes prises devant les boutiques restituent avec une pointe de nostalgie cette époque où, dans des entreprises à dimension humaine et sociale, battait le cœur de Perpignan.
En expert soucieux de vulgariser sa science, Laurent Fonquernie commentait les images de pièces de collections représentatives de cet art décoratif propre au Roussillon. Sur l’écran défilaient ainsi nombre de parures indémodables, arborées avec fierté par d’élégantes dames du temps jadis… et qui suscitent toujours l’admiration, sinon l’envie, de celles d’aujourd’hui. Utilisé aussi dans l’art religieux (calices, ciboires, croix sacerdotales), le grenat du Roussillon détient une valeur de travail ajouté indéniable. Cela explique son coût relativement élevé, même pour une petite réparation souvent plus chère, d’après le conférencier, qu’un bijou neuf de série. Mais, de nos jours, n’est-ce pas le prix à payer pour la qualité unique des bijoux issus d’un artisanat visant à l’excellence ?
Le grenat catalan
mai 16, 2008 par laxurit