L’épopée africaine du camion Byrrh

Les Catalans premiers partout… Le vieil adage ne brille pas par sa modestie mais il peut s’avérer fondé. Preuve en a été donnée lors de la conférence organisée par les Amis du Vieux Canet sur le thème “Byrrh en Afrique dans les années 1930″. Cet épisode rocambolesque de l’histoire économique du Roussillon avait attiré sur les travées du théâtre Jean Piat un large public attentif aux propos de l’invitée du jour, Mme Edwige Praca, membre associée du Centre de recherche historique de l’Université de Perpignan.
Pour une marque d’apéritif, c’était une gageure que de débarquer le 1er juin 1935 en tournée de prospection sur le continent africain. En trois ans et deux raids consécutifs dans les déserts ou dans la jungle, sur des pistes improbables ou à travers la savane, ce défi commercial et sportif sera mené à bien. Le mérite en revient à deux jeunes aventuriers, Jean de Logivière et sa sœur se relayant au volant d’un camion six tonnes Renault aux couleurs de l’entreprise fondée par les frères Simon et Pallade Violet.
Le récit de cette équipée “dans les pays de la plus grande soif ” rappelle à bien des égards Tintin au Congo et les aventures d’Indiana Jones. Sur la base d’un carnet de bord et d’une plaquette éditée par Byrrh, l’historienne Edwige Praca a captivé son auditoire à l’aide de quelques diapos. Traversées de fleuves, pannes techniques, plancher du camion en feu, cargaison qu’il faut alléger pour prendre un bac…, nombreuses furent les péripéties du voyage des ambassadeurs de la marque thuirinoise.
Au final, avec plus de 60 000 kilomètres parcourus, celle-ci se targuera avant-guerre d’avoir effectué « la plus longue tournée dans l’espace et dans le temps » en Afrique occidentale et équatoriale française.
Pour quel résultat ? La mission Byrrh s’inscrivait dans une stratégie de recherche de nouveaux débouchés. Un habile marketing avant la lettre présentait cette boisson à base de quintonine non comme un apéritif mais comme un excellent reconstituant et fébrifuge. Des dégustations furent organisées tout au long du parcours et l’on peut supposer, faute de documents certifiés, que les carnets de commande ne tardèrent à se remplir, notamment auprès des potentats locaux et des coloniaux.
La conférencière ne s’est pas bornée à traiter son sujet à coup d’anecdotes pittoresques. Le contexte colonial de l’époque fut largement évoqué dans ses propos et dans le débat qui a suivi. L’expédition n’aurait pu réussir sans le concours des populations locales soumises au régime de la corvée, menacées de peines d’amende ou de prison en cas de refus. Un jour, pas moins de trois cents hommes furent réquisitionnés pour tirer d’un mauvais pas le camion enlisé jusqu’à la garde. Vue sous cet angle, l’épopée prend évidemment une autre résonance…

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