En cette année du 350e anniversaire du traité des Pyrénées, les Amis du Vieux Canet ont reçu l’historien Joan Peytaví Deixona pour une conférence sur la révolte des Segadors et le partage de la Catalogne. Une période cruciale que le conférencier s’est attaché à restituer dans sa chronologie après l’avoir replacée dans le contexte de l’époque pour mieux en faire saisir toutes les implications politiques, sociales et religieuses. Ce contexte, c’est celui de la guerre de Trente ans opposant les Habsbourg aux Valois puis aux Bourbon – une interminable guerre européenne qui dégénéra en guerre civile sur le front de la péninsule ibérique. Le point de rupture intervient lorsque la monarchie de Philippe IV, épuisée militairement et financièrement, exige de la Catalogne un soutien massif à l’effort de guerre. La Généralité, dotée de lois et d’administrations spécifiques, s’y refuse absolument. Les paysans catalans se rebellent contre les levées de troupes, l’augmentation des taxes et les exactions commises par les tercios (fantassins) du roi. Cet événement est connu sous le nom de Revolta dels Segadors (révolte des faucheurs) qui culmina avec le “Corpus de Sangre” (7 juin 1640) quand l’entrée dans Barcelone de quelques 400 ou 500 faucheurs mutinés provoqua la mort du vice-roi Comte de Santa Coloma. Le président de la Généralité, Pau Claris, rechercha alors l’aide militaire de la France. Les négociations se conclurent par la signature à Barcelone d’un pacte d’aide militaire et la proclamation, le 16 janvier 1641, de la République catalane sous la protection de la France. Une République très éphémère car, devant le danger imminent d’un siège de Barcelone, Pau Claris, au nom de la Principauté, dut reconnaître le roi de France Louis XIII comme comte du Roussillon et de Cerdagne. Peu après la mort (par empoisonnement ?) de Claris l’armée française s’installe dans un Roussillon écartelé, exsangue, ravagé par la guerre et qui connaîtra aussi une épidémie de peste. La prise de Barcelone par Philippe IV, en 1652, marquera la fin officielle de la révolte des Segadors mais la paix entre la France l’Espagne ne sera signée que le 7 novembre 1659 dans l’ile des Faisans sur la Bidassoa.
En fait, le traité des Pyrénées marque surtout l’ouverture de négociations qui, selon Joan Peytaví Deixona, « se sont faites sur le dos des Catalans ». Il juge plus décisif l’édit de Saint-Jean de Luz (juin 1660) qui supprime les institutions locales et déclare le Roussillon province étrangère sous la tutelle du secrétariat à la guerre dirigé par des militaires. Les institutions locales sont supprimées, remplacées par un Conseil souverain du Roussillon qui n’est pas un Parlement mais un tribunal supérieur. En novembre de la même année, après la conférence de Céret, un accord scellera le démembrement de la Catalogne, l’annexion par la France du Vallespir, du Conflent, du Capcir et du Roussillon, ainsi que le partage de la haute et la basse Cerdagne entre l’Espagne et la France.
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