Poursuivant leur cycle de conférences sur les grandes figures du pays catalan, les Amis du Vieux Canet ont invité l’historien Robert Vinas à évoquer la mémoire du roi Jaume Ier le Conquérant. Un peu oublié de nos jours, celui-ci fut pourtant l’un des hommes d’Etat les plus puissants de l’ère médiévale. Né à Montpellier en 1208, il conquit trois royaumes sur les Sarrasins et régna sur un vaste territoire qui, du Languedoc à la Murcie, couvrait la Catalogne, l’Aragon, le pays valencien et les îles Baléares. Deux de ses actes politiques ont conditionné la vie de notre pays : son testament fondateur du royaume de Majorque et le traité de Corbeil, signé avec Louis IX, qui fixa pendant quatre cents ans sur la ligne des Corbières la frontière entre le royaume de France et la couronne d’Aragon.
Que reste-t-il de lui ? « Outre son crâne, conservé en l’abbaye cistercienne de Poblet, son sang, qui coule aujourd’hui encore dans les veines des principales familles régnantes ou prétendantes d’Europe, explique le conférencier. Mais ce que nous avons de plus précieux, c’est son autobiographie, Le livre des faits, dans lequel il raconte ses exploits.» Accessible dans une traduction française de Robert et Agnès Vinas, ce document exceptionnel permet de mieux cerner la reconquête de la péninsule ibérique et les mentalités du XIIIe siècle.
Mort à l’âge de 68 ans, Jaume le Conquérant est entré dans la légende dorée. Selon le vœu d’un de ses descendants, le personnage aurait même pu être canonisé à l’exemple de son contemporain Saint Louis. Il n’en fut rien, ses frasques amoureuses lui ayant valu jusque sur le tard de sévères remontrances pontificales ainsi résumées par le pape Grégoire X : « Mon fils, soyez bien conscient que l’arc de Cupidon n’est décidément plus de votre âge !»
Plus sérieusement, il faut retenir de Jaume le Conquérant son opposition au système féodal et sa conception avant-gardiste de l’Etat : pionnier du fédéralisme, il n’hésita pas à créer des autonomies, à octroyer à ses sujets des franchises et des lois libérales. Bref, un grand roi méconnu. Selon le conférencier et les intervenants au débat, il pourrait retrouver la place qu’il mérite si l’enseignement de l’histoire régionale revenait un jour combler les lacunes de l’histoire officielle.
Jaume le Conquérant, un grand roi oublié
24 Mercredi mar 2010
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