Vue à travers le prisme de Jean Teulé, cette page d’histoire de France pourrait emprunter son titre à deux grands films de la comédie italienne, Les Monstres ou Affeux, sales et méchants. Avec sans doute un clin d’oeil du côté du Frédéric Dard de L’Histoire de France selon San Antonio, le tout nappé à la sauce Hara Kiri. Ce grand escogriffe de Teulé au regard pétillant de malice a l’art de vous trousser des romans d’estoc et de taille, fortement épicés, qui se dévorent d’une traite. Son petit dernier, Charly 9, n’échappe pas à la règle. Ce triste sire, “l’un des plus calamiteux de nos rois”, avait de quoi inspirer notre mousquetaire des lettres : dominé par sa mère, Catherine de Médicis, irrésolu, maladif, Charles IX – son nom officiel – décida contre son gré le massacre de la Saint-Barthélémy. Rongé par le remords, en proie à des hallucinations et des pensées morbides, il s’éteignit à vingt-trois ans, prématurément veilli et haï de tous.
Reste qu’ainsi résumée, sa sombre et brève existence en ce bas monde aurait peu de chances de plaire aux lecteurs d’aujourd’hui. Contée, transcendée par Jean Teulé, elle agrippe et tient en haleine. Ce que j’ai aimé dans ce livre c’est moins le fond, le sujet en lui-même, que la forme, la modernité de l’écriture, la familiarité de la syntaxe, l’irrévérence du ton, l’alacrité de la plume. Comme le dit Fabrice Luchini à propos de Céline, “la verdeur de son style met de la lumière dans la noirceur de ses tableaux”. Sans lésiner sur l’argot et l’hémoglobine façon polar, Jean Teulé, flamberge au vent, ne recule devant rien : il fait ses délices – et donc les nôtres – des scènes que l’on dirait prises sur le vif, des plus cruelles aux plus salaces. Fondées sur une des bases historiques imparables, ses reconstitutions en langage d’aujourd’hui s’enchaînent sur un tempo étourdissant. Rien de ce qu’il nous dit n’est inventé, tout juste interprété à la manière d’un visiteur embarqué dans la cabine d’une machine à remonter le temps. On en sort comme groggy et on en redemande. J’avais goûté le venin distillé par Le magasin des suicides, Le Montespan m’avait conquis, je m’étais délecté de son Mangez-le si vous voulez. Son Charly 9 a fait de moi un lecteur inconditionnel pressé de découvrir ses neuf précédents ouvrages, à commencer par Rainbow pour Rimbaud.
Charly 9, le roi triste sire
19 Mardi avr 2011
Posted in Recto/Verso