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canet, Canet-en-Roussillon, catalan, causerie, conférence, Elne, moyen age
Consacrée aux grandes figures méconnues du pays catalan, la saison des conférences des Amis du Vieux Canet s’est achevée en beauté par une évocation de Francesc Eiximenis, évêque d’Elne. L’écrivain Patrick Gifreu et le médiéviste Michel Adroher ont fait revivre avec une verve jubilatoire cet intellectuel du Moyen Age. Plutôt qu’une conférence proprement dite, ils proposaient un portrait biographique ponctué de lectures de quelques textes significatifs.
Né aux environs de 1330 à Gérone dans une famille de la haute bourgeoisie commerçante, Eiximenis prend très jeune l’habit de moine franciscain au couvent de la ville où il prononce ses vœux. Il étudie dans les universités de Paris, Oxford, Cambridge, Cologne et Rome. Il revient en Catalogne en 1371, obtient le grade de maître en théologie à Toulouse et devient le conseiller de Pierre III de Catalogne-Aragon. Par la suite, il est chargé par le pape de réfléchir aux moyens de mettre fin au schisme d’Occident et participe au concile de Perpignan. Nommé à titre honorifique patriarche de Jérusalem, il se voit confier le diocèse d’Elne et finira ses jours en 1409 à Perpignan, où il est enterré à la chapelle Notre-Dame des Anges. Eiximenis laisse une œuvre encyclopédique, Lo Crestià (Le Chrétien), considérée comme un classique de la littérature catalane. Son traité d’angéologie et de démonologie eut un retentissement dans toute l’Europe.
Ce docte théologien, “champion de la vulgarisation universitaire”, n’avait pourtant rien du penseur austère retranché dans sa tour d’ivoire. Bien avant La Bruyère, il se posait en moraliste désireux de corriger les mœurs en riant. Sa prose truculente le rapproche aussi de Rabelais. Avec une verdeur réjouissante il s’en prenait à ses cibles favorites : les hommes de loi, les médicastres, les ladres, les gloutons et autres cupides. Il n’épargnait pas non plus les gens d’Eglise, dont il était, ni les femmes qualifiées de “luxurieuses, méchantes et bavardes”, relents de misogynie burlesque à replacer bien sûr dans le contexte de l’époque. L’assistance féminine n’a pas semblé lui en tenir rigueur, à en juger par les applaudissements qui saluaient les extraits de ses Contes et fables lus en catalan rocailleux par Michel Adroher et traduits en français contemporain par Patrick Gifreu, tous deux apportant la preuve que, loin d’être incompatibles, érudition et humour peuvent être les ingrédients d’une causerie réussie.