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Collioure, histoire, livre, mousquetaires, Perpignan, Roussillon
Les romans d’Alexandre Dumas ont forgé la légende des fameux mousquetaires. Mais, tout aussi passionnante, la vérité ne le cède en rien à la fiction sous la plume de l’historienne Odile Bordaz. Auteur d’une biographie monumentale de Charles de Batz de Castelmore plus connu sous le nom de d’Artagnan*, elle était l’invitée des Amis du Vieux Canet pour une conférence pleine de panache. L’écrivain a évoqué les venues en Roussillon des hommes à tunique d’azur frappée d’une croix d’argent. En 1642, sous leur véritable nom à peine modifié par Dumas, les trois mousquetaires – qui comme chacun sait étaient quatre – participèrent aux sièges de plusieurs cités dont Collioure et Perpignan occupées par des garnisons espagnoles. Une opération menée à la demande du gouvernement de Catalogne qui, refusant le joug de Philippe IV, avait proclamé Louis XIII comte de Barcelone.
Moins de vingt ans après, le Traité des Pyrénées signé, le retour de ce corps d’élite voué au service exclusif du roi fut plus pacifique. Les mousquetaires escortaient le carrosse du jeune Louis XIV découvrant les provinces méridionales à la veille de son mariage à Saint-Jean-de-Luz avec l’infante Marie-Thérèse d’Espagne. Le 10 avril 1660, le cortège royal fit étape à Perpignan. Accueilli en grande pompe par les consuls de la ville, il franchit la porte Notre-Dame pour se rendre à la cathédrale. Dans ses mémoires Mlle de Montpensier a relaté le séjour perpignanais avec force détails savoureux. Alors que la reine-mère Anne d’Autriche est logée à la Casa Xanxo et le roi chez Maître Bosch dans la maison du gouverneur, la Grande Mademoiselle se retrouve frigorifiée dans une chambre sans cheminée de la rue Fontaine-Neuve. Pour se changer elle doit échapper aux regards de la soldatesque et dit son étonnement de voir les gens d’ici “habillés à l’espagnole”. La conférencière décrit d’autres scènes hautes en couleurs, dignes d’une film de cape et d’épée : le tour de ville à cheval, la visite au son des trompettes du Palais des rois de Majorque, la réception dans un couvent de filles repenties outrageusement fardées, les pluies diluviennes et la mort accidentelle d’un page qui gâchèrent un peu les festivités, le grand bal à la Loge de Mer suivi d’une collation avec produits du terroir et corbeilles de fruits apportées par les jardiniers de Saint-Jacques.
Le 13 avril 1660, la suite royale quitte Perpignan par le pont de la Basse en direction de Toulouse. Treize ans plus tard, d’Artagnan sera tué d’une balle de mousquet lors du siège de Maastricht et son frère d’armes Pierre Quarré d’Aligny pensera “mourir de chagrin” en apprenant la nouvelle. Sur ses traces il se rendra à Collioure puis en Cerdagne, concluant ainsi un épisode inédit de la véridique histoire des mousquetaires retracée avec talent par Odile Bordaz.
* D’Artagnan, biographie du capitaine lieutenant des mousquetaires du roi et Sur les chemins de d’Artagnan et des mousquetaires (éditions Balzac)