Tags
Agly, canet, Canet-en-Roussillon, crue, histoire, inondation, patrimoine, Perpignan, scientifique, Têt, Tech, Vallespir
Pendant trois jours, du 16 au 18 octobre 1940, des pluies diluviennes s’abattirent sur les Pyrénées-Orientales. Exceptionnelles par leur durée et leur intensité, elles provoquèrent des inondations dans les bassins du Tech, de la Têt et de l’Agly. Avec une cinquantaine de victimes, dont la moitié dans le secteur d’Amélie-les-Bains, c’est le Vallespir qui paya le plus lourd tribut à ce déluge connu sous le nom d’aiguat de 40. Pour l’évoquer, nul n’était mieux qualifié que le géophysicien Gérard Soutadé à l’occasion d’une conférence donnée sous l’égide des Amis du Vieux Canet.
Un public nombreux a suivi au théâtre Jean-Piat l’exposé de ces événements ancrés dans la mémoire collective. D’emblée, le conférencier énumère des chiffres éloquents : pluviométrie record de 860 mm en un jour sur la vallée de la Coumelade, montée des eaux de trois mètres en une demi-heure à Amélie, de huit mètres en une heure à Arles-sur-Tech. A Perpignan, la Basse en crue atteignait un débit dix fois supérieur au volume moyen de la Seine à Paris. Entre Canet et Sainte-Marie, selon des personnes de l’assistance, la route était coupée par deux mètres d’eau. Le 19 octobre enfin la tramontane se leva sur un spectacle de désolation immortalisé par plusieurs photos de ponts arrachés, de glissements de terrains, de sites submergés.
Source d’inspiration du célèbre roman “La Crue” de Michel Maurette, l’aiguat de 40 doit-il servir d’unique référence en matière de prévention et d’aménagement des zones à risques ? Si précieux soient-ils, les enseignements que l’on peut en tirer ne doivent pas occulter des phénomènes comparables survenus dans un passé proche ou plus ancien. Et le professeur Soutadé de citer les inondations d’octobre 1986, d’août 1842 et, ironie du sort, du jour de la Saint-Gaudérique 1763. En outre, des études récentes attestent que le pays catalan fut touché au Moyen Age par des aiguats aussi graves sinon plus.
D’où la question cruciale : à quand le prochain ? Avec la prudence scientifique de rigueur, Gérard Soutadé se garde de toute prédiction à court ou long terme, récusant comme “foutaises” les théories de crues centennales ou bi-centennales. Seule certitude, “les cataclysmes hydrologiques sont imprévisibles mais pas indifférents aux changements climatiques”.