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Il y a peu de chances de voir un jour ce tableau exposé à la galerie des Hospices de Canet. Pourtant, on pourrait rêver de l’y voir présenté et admiré, en ces temps de crise où jamais le marché de l’art ne s’est aussi bien porté. Mais ne nous leurrons pas : pour les richissimes spéculateurs, un tableau de maître représente avant tout un investissement sûr, rentable à court ou moyen terme, d’autant plus apprécié qu’il sera soustrait au regard des foules et réservé à la contemplation de quelques privilégiés de leur caste. Au-delà de toute considération artistique, ce qui compte pour eux c’est moins sa valeur esthétique que sa signature – nécessairement – prestigieuse. C’est ainsi que La Belle Romaine de Modigliani, alias Nu assis sur un divan, a été acquis chez Sotheby’s pour près de 69 millions de dollars. Un record pour un Modigliani. L’anonymat étant de rigueur dans ce type de vente aux enchères, on ignore le nom de l’heureux acquéreur. Mais il se murmure qu’à l’instar de nombreux chefs-d’oeuvre de la peinture contemporaine, cette belle pièce pourrait migrer ver les émirats. A ce compte-là, selon certains experts, Abu Dabi serait en passe de devenir la capitale mondiale non plus seulement de l’or noir mais aussi des trésors de l’art contemporain.
Au hit-parade des meilleures ventes, les 69 millions de dollars de La Belle Romaine surpassent largement le Bassin aux nymphéas de Claude Monet estimé, toujours chez Sotheby’s, entre 20 et 30 millions de dollars (vendu 24 722,500). Mais ils font pâle figure comparés au prix du tableau le plus cher du monde, un Picasso bien sûr, le Nu, feuilles vertes et buste vendu 95 millions de dollars (106,5 avec les frais). Record absolu établi en mai 2010 chez Christie’s à New York.
Encagés dans des prisons dorées, ces tableaux seront-ils un jour visibles par le vulgum pecus dans des musées nationaux ? On en doute. La question en amène une autre : de spéculation en spéculation, ces trophées de milliardaires atteindront-ils des sommets toujours plus élevés, après de brèves apparitions dans les grandes galeries de ventes aux enchères ? Vous avez dit “ indécent “. Et si un jour, au nom de l’accès de tous à la culture et du respect du patrimoine artistique de l’humanité, on remettait les compteurs à zéro ?