Affluence des grands jours au théâtre Jean Piat où les Amis du vieux Canet recevaient Hélène Legrais pour une conférence sur la famille Bardou-Job. Comment cette dynastie réussit-elle à faire de Perpignan “la capitale mondiale du papier à cigarette” ? C’est ce que l’écrivain-journaliste a conté à un auditoire particulièrement attentif. Le sujet traité y était certes pour beaucoup, avec toutes les résonances qu’il suscite de nos jours encore dans la mémoire des Roussillonnais. Mais le talent oratoire de l’invitée et ses dons d’historienne ont fait le reste dans le rappel des grandes heures d’une entreprise jadis florissante.
Au départ pourtant rien ne semblait prédestiner son fondateur Jean Bardou, boulanger à Ille-sur-Têt, à une carrière d’industriel. En 1848, sur les instances de son fils Joseph, il se reconvertit en “fabricant de papier fantaisie” à Perpignan. Leur premier atelier avec quatre ouvrières s’avéra bientôt rentable. Pour l’anecdote, on notera que le papier à rouler du tabac était alors vendu… en pharmacie. Dès l’année suivante, le patriarche eut le trait de génie de déposer le brevet et le logo de la marque composé des initiales J et B séparées par un losange que l’on pouvait lire comme JOB. L’irrésistible ascension des Bardou-Job était lancée.
Tandis que son frère cadet Pierre ouvrait avenue de la gare une fabrique de carnets de papier prédécoupés de marque Le Nil, Joseph Bardou développait la sienne rue Saint-Sauveur (devenue rue Emile Zola). Par la suite, la suprématie de Job ne cessa de s’amplifier de même que la fortune des générations suivantes, attestée entre autres par les trois châteaux d’Aubiry, Valmy et Ducup construits par l’architecte danois Pederson. Des hôtels particuliers et une riche collection d’œuvres d’art s’ajoutaient au patrimoine familial.
Au-delà de ces signes de prospérité, Hélène Legrais s’est attachée à mesurer l’impact économique d’une entreprise qui, au plus fort de son activité, employait jusqu’à 800 personnes, dont 200 “paperetas“. L’usine perpignanaise figurait à la pointe du progrès social ; sait-on, par exemple, que les ouvrières bénéficiaient sur place d’une pouponnière modèle en matière d’hygiène et de confort ? Très en verve, Hélène Legrais décrivait ensuite le Perpignan de le Belle Epoque, le projet d’en faire une ville d’eaux et la destruction des remparts. En complément, le témoignage impromptu d’un retraité de Job apportait une touche finale d’émotion à cette soirée riche d’enseignements.

